Dans mon deuxième roman, Recyclages (Éd. Luc Pire, coll. « Embarcadère », 2002), mon personnage crée un site Internet intitulé « www.gensheureux.com » :

Il faut écraser les escargots car ils sont nuisibles et réduisent à néant, comme limaces molles, les patients efforts du papa jardinier. Il faut écraser les escargots pour pouvoir manger beaucoup de fruits et de légumes car les fruits et les légumes, c’est bon pour la santé. Il faut manger beaucoup de fruits et de légumes pour se retrouver trente ans plus tard, en bonne santé, escargot mou dans une coquille méconnaissable, seul devant un écran d’ordinateur, à chipoter des boutons, à tripoter des bubons pour créer, après bien des tâtonnements, au terme d’un patient travail d’essartage, de sarclage, de défrichage au cours duquel barbe et cheveux auront encore pris un peu d’âge et quelques centimètres – non essartés, non sarclés, non défrichés –, pour créer enfin, étonné soi-même comme une primipare après la délivrance, le site que l’on aurait aimé découvrir si l’on ne l’avait inventé : www.gensheureux.com.

Quelques mois après la sortie de ce roman, certains lecteurs ont tenté de visiter ce site où mon personnage racontait des histoires aux gens heureux (car « les gens heureux n’ont pas d’histoires »). Comme cette adresse n’existait pas, je l’ai employée pour créer mon propre blog. Il a ensuite changé d’extension : « .com » est devenu « .be » avant de retrouver, en juin 2018, son nom d’origine.