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Le blog de Daniel Charneux

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Abbey Road

Je me souviens que, sur la couverture de l’album des Beatles, Abbey road, les pieds nus de Paul Mc Cartney furent la source de multiples divagations concernant sa mort et son remplacement par un sosie.

L’ombre jaune

Je me souviens de Bob Morane et de Bill Ballantine, de Tania Orlov (« miss Ylang Ylang »), de « l’Ombre jaune » et de ses cruels dacoïts.

Treets

Je me souviens de mon incompréhension quand ils ont arrêté la fabrication des Treets (le bonbon qui « fond dans la bouche mais pas dans la main ») pour les remplacer par les M&M’s.

Juvénile

sortie ce matin

mésange bleue juvénile –

pas encore bleue

 

Reine de neuf jours

Une belle recension de mon huitième roman par Ghislain COTTON dans Le Carnet et les Instants:

Daniel CHARNEUX, Si près de l’aurore, Luce Wilquin, 2018, 342 p., 22 €, ISBN : 978-2-88253-546-7

Sans doute est-ce l’effet d’une influence réciproque, mais l’Histoire semble connaître auprès du public un notable regain de faveur tant au travers de la littérature que des médias. Ainsi de nombreuses séries télévisées à caractère historique exploitent-elles, avec gourmandise et succès, des fonds littéraires anciens ou récents. Avec des choix plus marqués pour certains territoires et certaines époques. C’est certes le cas pour l’Angleterre et particulièrement pour l’époque des Tudors qui a inspiré de nombreuses réalisations comme la série Wolf Hall par exemple, adaptée de deux romans d’Hilary Mantel et axée plus particulièrement sur la personne de Cromwell. Ce pourrait aussi bien être le cas pour Si près de l’aurore, le roman historique de Daniel Charneux dont l’héroïne n’est autre que Jane Grey, petite-fille de Mary Tudor et petite-nièce d’Henry VIII, dont le jeu des successions fit une reine éphémère, à l’âge de seize ans. Zélatrice sincère et inconditionnelle de la nouvelle religion anglicane, elle allait, après un règne éclair de neuf jours, se voir supplantée et vouée à la hache du bourreau par sa tante, la très catholique reine Mary Première dite « la Sanglante », fille d’Henry VIII et de Catherine d’Aragon, future épouse aussi de Philippe II d’Espagne.

Ce n’est pas la première fois que Charneux, auteur d’une œuvre très diverse, approche cette époque des Tudors et c’est à la personnalité de Thomas More qu’il a consacré en 2015 un «essai-variations » qualifié d’« impressionniste », ce qui n’est pas le cas de cet ouvrage-ci, très attaché à la rigueur historique dans le déroulement des faits, tout en cultivant une intensité romanesque d’une indéniable efficacité. C’est en quelque sorte l’habit du chroniqueur d’époque qu’il endosse en naviguant de façon presque shakespearienne entre la poésie lyrique inspirée par la lumineuse Jane et la cruauté des mœurs et des intrigues menées par les « âmes alourdies d’ambition, d’orgueil et de jalousie (…). Ces créatures ne se contentaient pas de leur nom de baptême, elles en changeaient chaque fois que, gravissant une marche sur l’escalier de leur ambition, elles accédaient à une nouvelle étape (…) oubliant au passage que, sur le trône le plus précieux, on n’est jamais assis que sur son derrière et que, même à pareille altitude, la terre était toujours sous leurs pieds, proche, fatale, comme les appelant, les désirant ». De même, les adresses au lecteur marquent bien le style de l’époque même si parfois, elles prennent une coloration malignement plus proche de nous : « Et pardonne-moi, lectrice, si à plusieurs reprises j’en ai appelé au lecteur. Sans doute suis-je moi aussi, comme Guildford Dudley, comme les Seymour, comme les Grey ou les Tudors, le fils de cet usage qui, depuis la nuit des temps, postula que le masculin l’emporte sur le féminin ».

Conçu en deux parties, l’ouvrage installe dans la première tous les décors, les personnages et les péripéties qui ont présidé depuis le règne tumultueux d’Henry VIII à l’accomplissement de la tragédie qui, dans la deuxième partie, mènera Jane Grey du trône à l’échafaud. En passant par son mariage, fruit de l’intrigue ourdie par sa propre mère Frances Grey, fille de Mary Tudor (la sœur d’Henry VIII à ne pas confondre avec la Bloody Mary) et par l’ambitieux John Dudley qui souhaite faire de son fils Guildford un « presque roi » par son union avec Jane promise au trône par Edward VI peu avant la mort prématurée de ce fils d’Henry VIII et de Jane Seymour. Opération réussie : Guildford épouse Jane d’abord très rétive à ce mariage arrangé, prélude toutefois à une passion amoureuse attestée notamment par les écrits qu’ils échangeront dans la Tour de Londres alors que – victime de l’ambition familiale et de la frénésie prophylactique de la reine Mary – Guildford Dudley doive à sa « chance » de précéder Jane sur l’échafaud.

Lecteur, lectrice… rassurez-vous, on ne va pas détailler plus avant un récital polyphonique de félonies et d’ignominies développé par l’auteur sur trois cent quarante pages hautes en couleur, quasi visuelles, et qui témoignent d’une connaissance approfondie des usages et de la sensibilité de cette époque comme des mœurs rudes des gens de cour. Rudesse qui contraste singulièrement avec la probité, la simplicité et la vaillance de la reine de seize ans… et de neuf jours, singulièrement érudite pour son âge et fort éprise de beauté. Du reste, dès sa prime jeunesse, précise Charneux, « Jane respecte tous les rites prescrits par Érasme de Rotterdam dans son Petit traité de savoir-vivre à l’usage des enfants » et manifeste plus tard un amour certain pour les arts et pour la poésie en faisant preuve aussi d’une grande élégance de plume. À cet égard, l’auteur émaille son récit de traductions de textes divers : chansons, poèmes ou lettres qui sont comme autant d’enluminures illustrant ces pages d’histoire. À noter aussi que pour rendre la lecture encore plus aisée, il peut être utile de marquer, en fin de volume, la page « index des protagonistes » qui passe en revue les membres des différentes familles impliquées par cette histoire « pleine de bruit et de fureur » (merci Shakespeare), mais certes pas « racontée par un idiot ».

Si près de l’aurore

Si près de l’aurore, Éd. Luce Wilquin, 2018.

J’aime les destins tragiques. Plus exactement, je les aime en littérature : Phèdre, Antigone, Œdipe, Sisyphe… Car ce qui nous semblerait monstrueux dans la vie – une jeune fille emmurée vivante, un roi déchu qui se crève les yeux – nous paraît admirable, sublimé par Sophocle ou Racine. Pourquoi ? Parce que cette sublimation du malheur nous permet, symboliquement, de l’expulser, de le vaincre. Ça s’appelle la catharsis. Les Grecs ont théorisé ce phénomène il y vingt-cinq siècles, eux qui ont tout théorisé.

Peut-on inventer un  destin tragique ? Peut-être, mais j’adhère pour ma part au point de vue de Pierre Michon : « Je n’ai pas besoin d’inventer des vies, des personnages. Il y a suffisamment de gens qui sont morts et qui attendent que l’on parle d’eux. » Dans ce roman, je parle de Jane Grey. Pourquoi elle ?

Je l’ai rencontrée le samedi 20 août 2011, dans un hôtel londonien dont les murs s’ornaient de portraits des rois et reines d’Angleterre. Parmi eux, entre Édouard VI et Marie Première, cette Lady Jane Grey, reine durant neuf jours, en 1553, à moins de seize ans.

Un embryon de livre s’est immédiatement niché en moi. J’ai commencé, peu après, à me documenter à propos de Jane et j’ai découvert un personnage fascinant. À moins de quatorze ans, humaniste accomplie, Jane Grey amorçait une correspondance en latin avec le réformateur suisse Heinrich Bullinger, lisait Platon dans le texte grec. Et tout ça dans un cadre historique passionnant : la Renaissance,  l’humanisme,  l’Angleterre des Tudors… S’est rapidement insinué en moi le désir d’écrire l’histoire de cette jeune fille si brillante, avec pour décor « l’Histoire avec sa grande hache », comme dirait Georges Perec ; ce petit pion, ou cette dame, prisonnière malgré elle d’une vaste et cruelle partie d’échecs.

Comment écrire Jane ? Pour tenter d’être à la hauteur de ce personnage pétri de pensée platonicienne, de poésie latine et d’enthousiasme religieux, il fallait, selon moi, oser le classicisme, mêler, comme dans une chantefable, prose et poésie, tendre l’écriture comme un arc, en une série de brefs chapitres dont la première phrase figurerait l’archer, et la dernière, la cible.

Le résultat ? Ce huitième roman où je tente de reconstituer, pour un lectorat francophone contemporain, un destin anglais de la Renaissance, celui de la petite Jane, en espérant lui avoir été fidèle.

 

Norma, roman

Norma, roman, Éd. Luce Wilquin, 2006.

Dans le désert de Mojave, un matin d’août. Une cabine téléphonique… une sonnerie, quelqu’un s’arrête. Un dialogue se noue. Elle parle, Norma, elle raconte. Son histoire. Et celle de l’autre Norma, l’héroïne de l’opéra de Bellini qu’elle écoute en boucle chaque jour dans son désert, cette héroïne qu’incarne Maria Callas. Elle se raconte regardant les albums de photos où apparaît son double, l’étoile qui l’éclipsait, la blonde au sourire factice que l’on appelait Marilyn, cette jeune sœur chouchoutée par la vie, dont elle aurait été longtemps jalouse et qu’aurait rachetée une mort prématurée. Elle dit son mal-être, elle que l’on avait transformée en poupée Barbie. Elle parle de ce corps retrouvé dans son lit Fifth Helena Drive, le 5 août 62. Un corps. Nu en diagonale. Le beau corps déjà froid d’une blonde platinée. Le corps de qui ?

Et puis elle dit ce père absent, ce père jamais connu, et son amour fou pour le cow-boy à moustaches des Misfits, pour cet acteur sur le retour qu’elle croyait être son père. Elle explique comment, à trente-six ans, elle a préféré faire croire à sa mort pour être enfin tranquille. Elle se revoit enfant, collégienne, jeune mariée godiche. Elle lit les poèmes d’Emily Dickinson, elle chante les comptines de son enfance. Et puis, elle se regarde vieillir. Une tache brune. Une ride. Une verrue. Un bourrelet. Jusqu’à l’épave. Jusqu’au naufrage. Jusqu’au cercueil.

Nuage et eau

Nuage et eau, Éd. Luce Wilquin, 2008 ; réédition « Espace Nord » n° 353, 2016.

Quand j’avais dix-sept ans, j’ai acheté un jour chez un brocanteur de Liège une statuette de Bouddha. Je lui ai consacré un sonnet. Elle a longtemps orné ma chambre puis elle a disparu dans un déménagement. Mais le Bouddha est resté quelque part, à sommeiller.
Quand j’avais quarante-sept ans, je me suis mis à la pratique du haïku, ce bref poème japonais qui saisit l’instant fugace en dix-sept syllabes qui semblent s’excuser de rompre le silence.
Et puis, Ryôkan est entré dans ma vie par un livre découvert chez un bouquiniste parisien : Les 99 haïku de Ryôkan. Il était une fois un moine bouddhiste zen japonais qui pratiquait le haïku. Il était l’ami des oiseaux et des enfants, et la fin de sa vie fut transcendée par l’amour de Teishin, une moniale belle et sage de quarante ans sa cadette.
Et puis, le Bouddha qui sommeillait a frappé à la porte, et m’a guidé vers la méditation zen. Je l’ai pratiquée presque journellement durant trois ans.
Alors l’idée est venue : écrire à propos de Ryôkan. Dire dans un roman le roman de sa vie. Exprimer par les mots ce qui dépasse les mots. Broder avec le fil du langage sur la trame du silence.
J’ai lu la biographie autorisée, les poèmes de Ryôkan et Teishin, les textes fondateurs du bouddhisme zen, prenant des notes, préparant un canevas. Tout était prêt. Manquait le déclic.
Le prix Charles Plisnier fut ce déclic. Un jury indépendant décrétait que mon précédent livre était un livre. Il n’était donc peut-être pas inutile d’entrer en retraite, en méditation, de consacrer quelques mois à ressusciter un peu, dans la sobriété d’une écriture zen et l’émotion poétique qu’elle appelait en moi, l’histoire du moine fou, l’ami des oiseaux et des enfants, celui qui, au soir de sa vie, vit s’ouvrir pour lui le sourire de Teishin.
Puisse le lecteur partager ce sourire…

Maman Jeanne

Maman Jeanne, Éd. Luce Wilquin, 2009 ; réédition « Espace Nord » n° 353, 2016.

Dans le Discours de Suède, Albert Camus écrivait : « L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. »
C’est une telle conception de l’art qui a guidé ma plume dans l’écriture de Maman Jeanne.
À la source de ce texte, l’humble vérité d’une souffrance. Celle de Jeanne. Au départ, une pile de lettres dans un tiroir, un grenier, une brocante ou une boîte à cigares. Des lettres datées de 1909, 1910. Près d’un siècle de sommeil. Les témoignages de mon arrière-grand-mère Jeanne.
Lire ces lettres, les comprendre, les faire parler. Compléter les blancs, les silences. Imaginer un cadre. Puis, après des années de décantation, donner la parole à celle qui ne peut plus parler. Offrir l’image de cette souffrance. Émouvoir ? Peut-être, mais sobrement. Éviter lyrisme, pathos. « La vérité, l’humble vérité. »
« Qu’est-ce que c’est, la Grâce ? », demande Jeanne. « Qu’est-ce que c’est, le Salut ? » Femme de foi, femme d’obéissance, passée du service de son père à celui de son mari puis à celui d’un prêtre, quand vivra-t-elle ? Jamais, peut-être, en tout cas jamais sur cette terre, et cette prise de conscience la mènera jusqu’aux portes de la folie.
L’amour pourrait être la clé, l’amour pourrait être la voie du Salut. Mais certaines amours sont interdites. La « Belle Époque » ne l’est pas pour tout le monde. La maternité aussi fait problème. Quand un enfant naît de certaines unions, si Dieu n’accepte pas d’en faire un ange, il reste à l’abandonner.
Jeanne la femme sans grâce, Jeanne qui a aimé d’un amour interdit, Jeanne qui a donné naissance à l’enfant du péché ne trouvera comme solution que l’abandon. Elle offre son enfant à une autre mère. Elle s’abandonne elle-même. Elle s’offre à la folie.
Donner la parole à Jeanne, un siècle après. Rendre la vie à celle qui n’a jamais vécu vraiment. Écrire pour la faire exister. Le texte est là, comme un plan sur un chantier. Reste à construire le bâtiment. Reste à faire vivre Jeanne.

Comme un roman-fleuve

Comme un roman-fleuve, Éd. Luce Wilquin, 2012.

J’ai découvert Liège entre seize et vingt ans. L’âge où l’on tombe amoureux. Et je suis tombé amoureux de Liège.
Longtemps après, j’ai rédigé un premier roman, jamais publié, qui évoquait, sans jamais la nommer, la Cité ardente. Un jeune étudiant un peu suicidaire était sauvé de la noyade par une pianiste dont le morceau de bravoure était Des pas sur la neige de Debussy.
Puis, j’ai publié chez Luce Wilquin, en 2004, un recueil de nouvelles, Vingt-quatre préludes, où je faisais la part belle à… Debussy. La vingtième nouvelle, Ondine, baignant dans une ambiance simenonienne, avait pour cadre Liège. Un avocat, François Lombard, époux déçu d’une immigrée slave, Sonia Gorskine, s’y liait avec une serveuse de café, Ondine.
Ce roman inédit, cette nouvelle ancienne ont servi de déclencheurs à mon sixième roman : l’avocat François Lombard arpente la ville, cette fois nommée, à la recherche de son passé. Il tente de trouver la clé de son amour, il se raconte et nous raconte son histoire, ce roman fleuve – car sa vie, derrière lui qui atteint le grand âge, forme un chemin déjà long – marqué par un drame qui le poursuit sans cesse.

Mes deux premiers romans, Une semaine de vacance et Recyclages, étaient fondés sur des contraintes oulipiennes et mettaient en scène des personnages imaginaires.
Les trois suivants, Norma, roman, Nuage et eau et Maman Jeanne, évoquaient de façon romancée des personnages réels, mais sans contraintes oulipiennes.
Ce sixième roman est en quelque sorte à la croisée des chemins : il crée des personnages imaginaires sans contraintes oulipiennes. En somme, c’est peut-être mon premier vrai roman, en tout cas mon premier roman « classique ». Troisième personne et passé simple confirment cette appartenance.
Écrire un roman classique dont Liège est le protagoniste, c’est, songeront certains, suivre les traces de Georges Simenon. Pour éviter cette proximité risquée, j’ai opté, non pour l’écriture « transparente » chère au père de Jules Maigret, mais pour une phrase ample, musicale, balancée comme la houle de ce fleuve qui traverse la ville mais aussi la vie de François Lombard ; cette phrase quasi proustienne par moments qui me paraissait appropriée au propos du roman : « le petit roman banal d’un homme et d’une femme, d’un homme et d’une ville, d’un homme et d’un fleuve ».

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