Nuage et eau, Éd. Luce Wilquin, 2008 ; réédition « Espace Nord » n° 353, 2016.

Quand j’avais dix-sept ans, j’ai acheté un jour chez un brocanteur de Liège une statuette de Bouddha. Je lui ai consacré un sonnet. Elle a longtemps orné ma chambre puis elle a disparu dans un déménagement. Mais le Bouddha est resté quelque part, à sommeiller.
Quand j’avais quarante-sept ans, je me suis mis à la pratique du haïku, ce bref poème japonais qui saisit l’instant fugace en dix-sept syllabes qui semblent s’excuser de rompre le silence.
Et puis, Ryôkan est entré dans ma vie par un livre découvert chez un bouquiniste parisien : Les 99 haïku de Ryôkan. Il était une fois un moine bouddhiste zen japonais qui pratiquait le haïku. Il était l’ami des oiseaux et des enfants, et la fin de sa vie fut transcendée par l’amour de Teishin, une moniale belle et sage de quarante ans sa cadette.
Et puis, le Bouddha qui sommeillait a frappé à la porte, et m’a guidé vers la méditation zen. Je l’ai pratiquée presque journellement durant trois ans.
Alors l’idée est venue : écrire à propos de Ryôkan. Dire dans un roman le roman de sa vie. Exprimer par les mots ce qui dépasse les mots. Broder avec le fil du langage sur la trame du silence.
J’ai lu la biographie autorisée, les poèmes de Ryôkan et Teishin, les textes fondateurs du bouddhisme zen, prenant des notes, préparant un canevas. Tout était prêt. Manquait le déclic.
Le prix Charles Plisnier fut ce déclic. Un jury indépendant décrétait que mon précédent livre était un livre. Il n’était donc peut-être pas inutile d’entrer en retraite, en méditation, de consacrer quelques mois à ressusciter un peu, dans la sobriété d’une écriture zen et l’émotion poétique qu’elle appelait en moi, l’histoire du moine fou, l’ami des oiseaux et des enfants, celui qui, au soir de sa vie, vit s’ouvrir pour lui le sourire de Teishin.
Puisse le lecteur partager ce sourire…