Norma, roman, Éd. Luce Wilquin, 2006.

Dans le désert de Mojave, un matin d’août. Une cabine téléphonique… une sonnerie, quelqu’un s’arrête. Un dialogue se noue. Elle parle, Norma, elle raconte. Son histoire. Et celle de l’autre Norma, l’héroïne de l’opéra de Bellini qu’elle écoute en boucle chaque jour dans son désert, cette héroïne qu’incarne Maria Callas. Elle se raconte regardant les albums de photos où apparaît son double, l’étoile qui l’éclipsait, la blonde au sourire factice que l’on appelait Marilyn, cette jeune sœur chouchoutée par la vie, dont elle aurait été longtemps jalouse et qu’aurait rachetée une mort prématurée. Elle dit son mal-être, elle que l’on avait transformée en poupée Barbie. Elle parle de ce corps retrouvé dans son lit Fifth Helena Drive, le 5 août 62. Un corps. Nu en diagonale. Le beau corps déjà froid d’une blonde platinée. Le corps de qui ?

Et puis elle dit ce père absent, ce père jamais connu, et son amour fou pour le cow-boy à moustaches des Misfits, pour cet acteur sur le retour qu’elle croyait être son père. Elle explique comment, à trente-six ans, elle a préféré faire croire à sa mort pour être enfin tranquille. Elle se revoit enfant, collégienne, jeune mariée godiche. Elle lit les poèmes d’Emily Dickinson, elle chante les comptines de son enfance. Et puis, elle se regarde vieillir. Une tache brune. Une ride. Une verrue. Un bourrelet. Jusqu’à l’épave. Jusqu’au naufrage. Jusqu’au cercueil.