Gensheureux.com

Le blog de Daniel Charneux

Catégorie : Si près de l’aurore

Rendez-vous à Gembloux

Le jeudi 20 septembre à 19 h 30, je présenterai Si près de l’aurore à la bibliothèque Henin – Sodenkamp, rue des Oies, 1a/2a à Gembloux. Je serai en compagnie de Françoise Pirart qui évoquera son dernier roman, Seuls les échos de nos pas.

« Au plus sûr de son art »

Encore une belle lecture de Si près de l’aurore, sous la plume de Michel Joiret (« Le Non-Dit », n° 120, juillet 2018)

De la fresque à l’enluminure

Excellente lecture de Joseph BODSON sur le site de l’AREAW (Association Royale des Écrivains et Artistes de Wallonie) :

Un roman différent des romans précédents de l’auteur, tant par son ampleur que par le choix du sujet. Il est vrai qu’il avait été précédé par une étude historique sur Thomas More, parue en 2015 chez M.E.O.

Pour nous, ce qui fait la différence essentielle par rapport aux romans précédents, c’est que Daniel Charneux traitait en ceux-ci surtout de destins individuels, qu’il s’agisse d’un moine tibétain ou d’une actrice célèbre, au destin hors du commun. Ici, nous avons à la fois ce destin hors du commun – celui de Jane Grey, mais aussi, le roman d’une époque. Beaucoup d’autres personnages de ce livre auraient pu être le héros ou l’héroïne principal(e), mais non, c’est bien de Jane qu’il s’agit

L’illustration de couverture le montre de façon magistrale : aux yeux bandés, l’aurore n’apparaîtra pas. A seize ans, l’aube est à peine levée.

La période abordée ici est tellement complexe, tellement riche en tous les arts, musique, chanson, théâtre ; tellement bouleversée aussi dans son histoire, dans son déroulement, qu’il était quasiment impossible d’en faire une sorte de monographie. Même au point de vue religieux, spirituel si l’on préfère, il eût été inéquitable de centrer ces analyses « spirituelles »sur une princesse protestante : on trouve tout autant de richesse intérieure chez celle que l’on appellera Bloody Mary, la rivale de Jane – et tout est là, justement, dans le conflit des intérêts dynastiques, claniques même, et des croyances religieuses, avec en toile de fond toute cette richesse artistique, annonçant déjà Shakespeare, son monde plein de bruit et de fureur.

Avec, au centre de la scène, cette jeune femme, Jane, d’une droiture, d’une profondeur exceptionnelle, au point que ses adversaires mêmes s’inclineront devant elle. Le drame, encore une fois, d’une jeunesse perdue.

Disons tout de suite que Daniel Charneux se tire tout à son honneur de ce pari difficile. Dans une première partie, plantant le cadre haut en couleur de l’époque, et faisant entrer les personnages en scène, il procède, à la page 48, par exemple, par de courtes phrases plaquées les unes à côté des autres, un peu comme chez Tacite, et d’autres historiens romains. Un style très resserré, sans aucun mot qui traîne ou alourdisse. Et la même somptuosité brève, page 50, dans la description d’un oiseau. Jane et Catherine, Jane et les oiseaux, Jane et la licorne… et se dégage en pointillés l’éducation humaniste de l’époque, à la manière d’Erasme. Et son goût pour Platon, les chevaux du Phèdre, qui reviendront comme un leitmotiv.

Bien loin de se perdre dans les détails, tout cela s’avance comme une vivante tapisserie, aux couleurs précieuses et fragiles à la fois. Mais parfois aussi avec l’art d’un miniaturiste, de courtes scènes intenses, où se mélangent piété et barbarie. L’auteur intervient peu, ne commente guère. Ainsi dira-t-il, p.133 : « Dans la geste que je conte ».

Peu à peu, l’action va se resserrer autour de Jane. L’amour, non voulu, inattendu, dans toute sa fraîcheur, ponctuée de chansons, de poèmes, qui ont encore toute la naïveté du Moyen-Age finissant, et déjà la complexité savante de la Renaissance – on croise Charles d’Orléans au passage. Le ton se fait plus grave, l’action se resserre : « Malheur à toi, pays dont le prince est un enfant ». Un tableau très émouvant d’elle avec son mari, Guildford, lui aussi condamné, suite à l’insurrection de Wyatt. Et, sans le vouloir sans doute, Daniel Charneux décrit fort bien la façon dont il travaille : « de ce pinceau en poils de martre dont usent les enlumineurs ». Je crois que pour ce livre c’était la meilleure des manières, que ce passage de la fresque à l’enluminure. C’est en tout cas une remarquable réussite, et cette petite Jane ne s’en ira pas de si tôt de notre mémoire, avec ses cheveux roux, son visage où la profondeur, l’innocence et la jeunesse semblent toujours nous prendre à témoin : pourquoi, mais pourquoi, si près de l’aurore…

Daniel CHARNEUX, Si près de l’aurore, Luce Wilquin, 2018, 342 p., 22 €, ISBN : 978-2-88253-546-7

 

Un jour dans l’histoire

Le mercredi 13 juin, juste après le journal de 13 h, j’étais l’invité de Laurent Dehossay à propos de Jane Grey, la « reine de neuf jours », héroïne de mon huitième roman, Si près de l’aurore (éditions Luce Wilquin).

Reine de neuf jours

Une belle recension de mon huitième roman par Ghislain COTTON dans Le Carnet et les Instants:

Daniel CHARNEUX, Si près de l’aurore, Luce Wilquin, 2018, 342 p., 22 €, ISBN : 978-2-88253-546-7

Sans doute est-ce l’effet d’une influence réciproque, mais l’Histoire semble connaître auprès du public un notable regain de faveur tant au travers de la littérature que des médias. Ainsi de nombreuses séries télévisées à caractère historique exploitent-elles, avec gourmandise et succès, des fonds littéraires anciens ou récents. Avec des choix plus marqués pour certains territoires et certaines époques. C’est certes le cas pour l’Angleterre et particulièrement pour l’époque des Tudors qui a inspiré de nombreuses réalisations comme la série Wolf Hall par exemple, adaptée de deux romans d’Hilary Mantel et axée plus particulièrement sur la personne de Cromwell. Ce pourrait aussi bien être le cas pour Si près de l’aurore, le roman historique de Daniel Charneux dont l’héroïne n’est autre que Jane Grey, petite-fille de Mary Tudor et petite-nièce d’Henry VIII, dont le jeu des successions fit une reine éphémère, à l’âge de seize ans. Zélatrice sincère et inconditionnelle de la nouvelle religion anglicane, elle allait, après un règne éclair de neuf jours, se voir supplantée et vouée à la hache du bourreau par sa tante, la très catholique reine Mary Première dite « la Sanglante », fille d’Henry VIII et de Catherine d’Aragon, future épouse aussi de Philippe II d’Espagne.

Ce n’est pas la première fois que Charneux, auteur d’une œuvre très diverse, approche cette époque des Tudors et c’est à la personnalité de Thomas More qu’il a consacré en 2015 un «essai-variations » qualifié d’« impressionniste », ce qui n’est pas le cas de cet ouvrage-ci, très attaché à la rigueur historique dans le déroulement des faits, tout en cultivant une intensité romanesque d’une indéniable efficacité. C’est en quelque sorte l’habit du chroniqueur d’époque qu’il endosse en naviguant de façon presque shakespearienne entre la poésie lyrique inspirée par la lumineuse Jane et la cruauté des mœurs et des intrigues menées par les « âmes alourdies d’ambition, d’orgueil et de jalousie (…). Ces créatures ne se contentaient pas de leur nom de baptême, elles en changeaient chaque fois que, gravissant une marche sur l’escalier de leur ambition, elles accédaient à une nouvelle étape (…) oubliant au passage que, sur le trône le plus précieux, on n’est jamais assis que sur son derrière et que, même à pareille altitude, la terre était toujours sous leurs pieds, proche, fatale, comme les appelant, les désirant ». De même, les adresses au lecteur marquent bien le style de l’époque même si parfois, elles prennent une coloration malignement plus proche de nous : « Et pardonne-moi, lectrice, si à plusieurs reprises j’en ai appelé au lecteur. Sans doute suis-je moi aussi, comme Guildford Dudley, comme les Seymour, comme les Grey ou les Tudors, le fils de cet usage qui, depuis la nuit des temps, postula que le masculin l’emporte sur le féminin ».

Conçu en deux parties, l’ouvrage installe dans la première tous les décors, les personnages et les péripéties qui ont présidé depuis le règne tumultueux d’Henry VIII à l’accomplissement de la tragédie qui, dans la deuxième partie, mènera Jane Grey du trône à l’échafaud. En passant par son mariage, fruit de l’intrigue ourdie par sa propre mère Frances Grey, fille de Mary Tudor (la sœur d’Henry VIII à ne pas confondre avec la Bloody Mary) et par l’ambitieux John Dudley qui souhaite faire de son fils Guildford un « presque roi » par son union avec Jane promise au trône par Edward VI peu avant la mort prématurée de ce fils d’Henry VIII et de Jane Seymour. Opération réussie : Guildford épouse Jane d’abord très rétive à ce mariage arrangé, prélude toutefois à une passion amoureuse attestée notamment par les écrits qu’ils échangeront dans la Tour de Londres alors que – victime de l’ambition familiale et de la frénésie prophylactique de la reine Mary – Guildford Dudley doive à sa « chance » de précéder Jane sur l’échafaud.

Lecteur, lectrice… rassurez-vous, on ne va pas détailler plus avant un récital polyphonique de félonies et d’ignominies développé par l’auteur sur trois cent quarante pages hautes en couleur, quasi visuelles, et qui témoignent d’une connaissance approfondie des usages et de la sensibilité de cette époque comme des mœurs rudes des gens de cour. Rudesse qui contraste singulièrement avec la probité, la simplicité et la vaillance de la reine de seize ans… et de neuf jours, singulièrement érudite pour son âge et fort éprise de beauté. Du reste, dès sa prime jeunesse, précise Charneux, « Jane respecte tous les rites prescrits par Érasme de Rotterdam dans son Petit traité de savoir-vivre à l’usage des enfants » et manifeste plus tard un amour certain pour les arts et pour la poésie en faisant preuve aussi d’une grande élégance de plume. À cet égard, l’auteur émaille son récit de traductions de textes divers : chansons, poèmes ou lettres qui sont comme autant d’enluminures illustrant ces pages d’histoire. À noter aussi que pour rendre la lecture encore plus aisée, il peut être utile de marquer, en fin de volume, la page « index des protagonistes » qui passe en revue les membres des différentes familles impliquées par cette histoire « pleine de bruit et de fureur » (merci Shakespeare), mais certes pas « racontée par un idiot ».

Si près de l’aurore

Si près de l’aurore, Éd. Luce Wilquin, 2018.

J’aime les destins tragiques. Plus exactement, je les aime en littérature : Phèdre, Antigone, Œdipe, Sisyphe… Car ce qui nous semblerait monstrueux dans la vie – une jeune fille emmurée vivante, un roi déchu qui se crève les yeux – nous paraît admirable, sublimé par Sophocle ou Racine. Pourquoi ? Parce que cette sublimation du malheur nous permet, symboliquement, de l’expulser, de le vaincre. Ça s’appelle la catharsis. Les Grecs ont théorisé ce phénomène il y vingt-cinq siècles, eux qui ont tout théorisé.

Peut-on inventer un  destin tragique ? Peut-être, mais j’adhère pour ma part au point de vue de Pierre Michon : « Je n’ai pas besoin d’inventer des vies, des personnages. Il y a suffisamment de gens qui sont morts et qui attendent que l’on parle d’eux. » Dans ce roman, je parle de Jane Grey. Pourquoi elle ?

Je l’ai rencontrée le samedi 20 août 2011, dans un hôtel londonien dont les murs s’ornaient de portraits des rois et reines d’Angleterre. Parmi eux, entre Édouard VI et Marie Première, cette Lady Jane Grey, reine durant neuf jours, en 1553, à moins de seize ans.

Un embryon de livre s’est immédiatement niché en moi. J’ai commencé, peu après, à me documenter à propos de Jane et j’ai découvert un personnage fascinant. À moins de quatorze ans, humaniste accomplie, Jane Grey amorçait une correspondance en latin avec le réformateur suisse Heinrich Bullinger, lisait Platon dans le texte grec. Et tout ça dans un cadre historique passionnant : la Renaissance,  l’humanisme,  l’Angleterre des Tudors… S’est rapidement insinué en moi le désir d’écrire l’histoire de cette jeune fille si brillante, avec pour décor « l’Histoire avec sa grande hache », comme dirait Georges Perec ; ce petit pion, ou cette dame, prisonnière malgré elle d’une vaste et cruelle partie d’échecs.

Comment écrire Jane ? Pour tenter d’être à la hauteur de ce personnage pétri de pensée platonicienne, de poésie latine et d’enthousiasme religieux, il fallait, selon moi, oser le classicisme, mêler, comme dans une chantefable, prose et poésie, tendre l’écriture comme un arc, en une série de brefs chapitres dont la première phrase figurerait l’archer, et la dernière, la cible.

Le résultat ? Ce huitième roman où je tente de reconstituer, pour un lectorat francophone contemporain, un destin anglais de la Renaissance, celui de la petite Jane, en espérant lui avoir été fidèle.

 

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén