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Le blog de Daniel Charneux

Catégorie : Mes livres (Page 2 of 2)

Comme un roman-fleuve

Comme un roman-fleuve, Éd. Luce Wilquin, 2012.

J’ai découvert Liège entre seize et vingt ans. L’âge où l’on tombe amoureux. Et je suis tombé amoureux de Liège.
Longtemps après, j’ai rédigé un premier roman, jamais publié, qui évoquait, sans jamais la nommer, la Cité ardente. Un jeune étudiant un peu suicidaire était sauvé de la noyade par une pianiste dont le morceau de bravoure était Des pas sur la neige de Debussy.
Puis, j’ai publié chez Luce Wilquin, en 2004, un recueil de nouvelles, Vingt-quatre préludes, où je faisais la part belle à… Debussy. La vingtième nouvelle, Ondine, baignant dans une ambiance simenonienne, avait pour cadre Liège. Un avocat, François Lombard, époux déçu d’une immigrée slave, Sonia Gorskine, s’y liait avec une serveuse de café, Ondine.
Ce roman inédit, cette nouvelle ancienne ont servi de déclencheurs à mon sixième roman : l’avocat François Lombard arpente la ville, cette fois nommée, à la recherche de son passé. Il tente de trouver la clé de son amour, il se raconte et nous raconte son histoire, ce roman fleuve – car sa vie, derrière lui qui atteint le grand âge, forme un chemin déjà long – marqué par un drame qui le poursuit sans cesse.

Mes deux premiers romans, Une semaine de vacance et Recyclages, étaient fondés sur des contraintes oulipiennes et mettaient en scène des personnages imaginaires.
Les trois suivants, Norma, roman, Nuage et eau et Maman Jeanne, évoquaient de façon romancée des personnages réels, mais sans contraintes oulipiennes.
Ce sixième roman est en quelque sorte à la croisée des chemins : il crée des personnages imaginaires sans contraintes oulipiennes. En somme, c’est peut-être mon premier vrai roman, en tout cas mon premier roman « classique ». Troisième personne et passé simple confirment cette appartenance.
Écrire un roman classique dont Liège est le protagoniste, c’est, songeront certains, suivre les traces de Georges Simenon. Pour éviter cette proximité risquée, j’ai opté, non pour l’écriture « transparente » chère au père de Jules Maigret, mais pour une phrase ample, musicale, balancée comme la houle de ce fleuve qui traverse la ville mais aussi la vie de François Lombard ; cette phrase quasi proustienne par moments qui me paraissait appropriée au propos du roman : « le petit roman banal d’un homme et d’une femme, d’un homme et d’une ville, d’un homme et d’un fleuve ».

Trop lourd pour moi

Trop lourd pour moi, Éd. Luce Wilquin, 2014.

Jean-Baptiste Taillandier a décidé de dire la vérité. Toute la vérité. L’enfance, d’abord, à la campagne, dans les années 60. Des images en noir et blanc. Des instantanés sépia. Les vacances en famille dans la 4L bleu ciel. La solitude, dès l’école primaire. Le sentiment d’être de trop. Et, bientôt, la découverte de sa différence : il est frigide. Incapable de jouir et d’aimer. Puisqu’il se considère comme un « handicapé du cœur », il servira la veuve et l’orphelin. Ses études de psychologie l’aideront à guérir les esprits, et à se comprendre lui-même. Refusant d’accomplir son service militaire, il part au Congo dans la coopération au développement. Mais le décès de sa mère le ramène en Europe. Il entame une liaison avec Françoise, devient psychologue en milieu scolaire. Pris de panique quand Françoise lui annonce qu’elle souhaite un enfant de lui, il décide de rompre et retourne à la solitude. Il ne veut pas condamner un nouvel être à cette souffrance qu’est trop souvent la vie.
« JE est un autre ». Dans ce roman à la première personne, un peu de moi, beaucoup de l’autre. Comme les enfants, utilisant l’imparfait, entrent dans la peau du cow-boy, de la princesse ou du trappeur : « J’étais Jean-Baptiste Taillandier, l’homme frigide, malade de son enfance… » Je dédie ce livre à tous ceux, à toutes celles qui se sont un jour regardés dans le miroir en se disant : « C’est bien moi ? »

More

More, Éd. M.E.O., 2015

Dans cet « essai-variations », je tente de percer le mystère Thomas More : ami d’Érasme, bonus pater familias, auteur de l’Utopie, grand chancelier d’Angleterre sous Henri VIII (et, à ce titre, inquisiteur redoutable), décapité sur ordre du même et enfin canonisé, admis dans le sanctuaire de l’église catholique.
Cet ouvrage est un essai, si l’on veut bien rendre au mot son sens d’origine, celui qu’il avait chez Montaigne. J’« essaie » d’évoquer un homme en le passant, comme disait Montaigne, « à l’étamine » de ma sensibilité, de ma culture, de ma perception, des événements qui agitent mon temps.
Quant à la forme adoptée pour cette évocation, il est permis de la définir par le mot « variations », car le sujet du livre n’est pas seulement More, mais sa recherche, sa poursuite par un auteur, comme le thème de Diabelli n’est, somme toute, qu’un point de départ pour Beethoven, lorsqu’il compose les variations éponymes.

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