Gensheureux.com

Le blog de Daniel Charneux

Catégorie : Mes livres (Page 2 of 2)

Nuage et eau

Nuage et eau, Éd. Luce Wilquin, 2008 ; réédition « Espace Nord » n° 353, 2016.

Quand j’avais dix-sept ans, j’ai acheté un jour chez un brocanteur de Liège une statuette de Bouddha. Je lui ai consacré un sonnet. Elle a longtemps orné ma chambre puis elle a disparu dans un déménagement. Mais le Bouddha est resté quelque part, à sommeiller.
Quand j’avais quarante-sept ans, je me suis mis à la pratique du haïku, ce bref poème japonais qui saisit l’instant fugace en dix-sept syllabes qui semblent s’excuser de rompre le silence.
Et puis, Ryôkan est entré dans ma vie par un livre découvert chez un bouquiniste parisien : Les 99 haïku de Ryôkan. Il était une fois un moine bouddhiste zen japonais qui pratiquait le haïku. Il était l’ami des oiseaux et des enfants, et la fin de sa vie fut transcendée par l’amour de Teishin, une moniale belle et sage de quarante ans sa cadette.
Et puis, le Bouddha qui sommeillait a frappé à la porte, et m’a guidé vers la méditation zen. Je l’ai pratiquée presque journellement durant trois ans.
Alors l’idée est venue : écrire à propos de Ryôkan. Dire dans un roman le roman de sa vie. Exprimer par les mots ce qui dépasse les mots. Broder avec le fil du langage sur la trame du silence.
J’ai lu la biographie autorisée, les poèmes de Ryôkan et Teishin, les textes fondateurs du bouddhisme zen, prenant des notes, préparant un canevas. Tout était prêt. Manquait le déclic.
Le prix Charles Plisnier fut ce déclic. Un jury indépendant décrétait que mon précédent livre était un livre. Il n’était donc peut-être pas inutile d’entrer en retraite, en méditation, de consacrer quelques mois à ressusciter un peu, dans la sobriété d’une écriture zen et l’émotion poétique qu’elle appelait en moi, l’histoire du moine fou, l’ami des oiseaux et des enfants, celui qui, au soir de sa vie, vit s’ouvrir pour lui le sourire de Teishin.
Puisse le lecteur partager ce sourire…

Maman Jeanne

Maman Jeanne, Éd. Luce Wilquin, 2009 ; réédition « Espace Nord » n° 353, 2016.

Dans le Discours de Suède, Albert Camus écrivait : « L’art n’est pas à mes yeux une réjouissance solitaire. Il est un moyen d’émouvoir le plus grand nombre d’hommes en leur offrant une image privilégiée des souffrances et des joies communes. Il oblige donc l’artiste à ne pas s’isoler ; il le soumet à la vérité la plus humble et la plus universelle. »
C’est une telle conception de l’art qui a guidé ma plume dans l’écriture de Maman Jeanne.
À la source de ce texte, l’humble vérité d’une souffrance. Celle de Jeanne. Au départ, une pile de lettres dans un tiroir, un grenier, une brocante ou une boîte à cigares. Des lettres datées de 1909, 1910. Près d’un siècle de sommeil. Les témoignages de mon arrière-grand-mère Jeanne.
Lire ces lettres, les comprendre, les faire parler. Compléter les blancs, les silences. Imaginer un cadre. Puis, après des années de décantation, donner la parole à celle qui ne peut plus parler. Offrir l’image de cette souffrance. Émouvoir ? Peut-être, mais sobrement. Éviter lyrisme, pathos. « La vérité, l’humble vérité. »
« Qu’est-ce que c’est, la Grâce ? », demande Jeanne. « Qu’est-ce que c’est, le Salut ? » Femme de foi, femme d’obéissance, passée du service de son père à celui de son mari puis à celui d’un prêtre, quand vivra-t-elle ? Jamais, peut-être, en tout cas jamais sur cette terre, et cette prise de conscience la mènera jusqu’aux portes de la folie.
L’amour pourrait être la clé, l’amour pourrait être la voie du Salut. Mais certaines amours sont interdites. La « Belle Époque » ne l’est pas pour tout le monde. La maternité aussi fait problème. Quand un enfant naît de certaines unions, si Dieu n’accepte pas d’en faire un ange, il reste à l’abandonner.
Jeanne la femme sans grâce, Jeanne qui a aimé d’un amour interdit, Jeanne qui a donné naissance à l’enfant du péché ne trouvera comme solution que l’abandon. Elle offre son enfant à une autre mère. Elle s’abandonne elle-même. Elle s’offre à la folie.
Donner la parole à Jeanne, un siècle après. Rendre la vie à celle qui n’a jamais vécu vraiment. Écrire pour la faire exister. Le texte est là, comme un plan sur un chantier. Reste à construire le bâtiment. Reste à faire vivre Jeanne.

Comme un roman-fleuve

Comme un roman-fleuve, Éd. Luce Wilquin, 2012.

J’ai découvert Liège entre seize et vingt ans. L’âge où l’on tombe amoureux. Et je suis tombé amoureux de Liège.
Longtemps après, j’ai rédigé un premier roman, jamais publié, qui évoquait, sans jamais la nommer, la Cité ardente. Un jeune étudiant un peu suicidaire était sauvé de la noyade par une pianiste dont le morceau de bravoure était Des pas sur la neige de Debussy.
Puis, j’ai publié chez Luce Wilquin, en 2004, un recueil de nouvelles, Vingt-quatre préludes, où je faisais la part belle à… Debussy. La vingtième nouvelle, Ondine, baignant dans une ambiance simenonienne, avait pour cadre Liège. Un avocat, François Lombard, époux déçu d’une immigrée slave, Sonia Gorskine, s’y liait avec une serveuse de café, Ondine.
Ce roman inédit, cette nouvelle ancienne ont servi de déclencheurs à mon sixième roman : l’avocat François Lombard arpente la ville, cette fois nommée, à la recherche de son passé. Il tente de trouver la clé de son amour, il se raconte et nous raconte son histoire, ce roman fleuve – car sa vie, derrière lui qui atteint le grand âge, forme un chemin déjà long – marqué par un drame qui le poursuit sans cesse.

Mes deux premiers romans, Une semaine de vacance et Recyclages, étaient fondés sur des contraintes oulipiennes et mettaient en scène des personnages imaginaires.
Les trois suivants, Norma, roman, Nuage et eau et Maman Jeanne, évoquaient de façon romancée des personnages réels, mais sans contraintes oulipiennes.
Ce sixième roman est en quelque sorte à la croisée des chemins : il crée des personnages imaginaires sans contraintes oulipiennes. En somme, c’est peut-être mon premier vrai roman, en tout cas mon premier roman « classique ». Troisième personne et passé simple confirment cette appartenance.
Écrire un roman classique dont Liège est le protagoniste, c’est, songeront certains, suivre les traces de Georges Simenon. Pour éviter cette proximité risquée, j’ai opté, non pour l’écriture « transparente » chère au père de Jules Maigret, mais pour une phrase ample, musicale, balancée comme la houle de ce fleuve qui traverse la ville mais aussi la vie de François Lombard ; cette phrase quasi proustienne par moments qui me paraissait appropriée au propos du roman : « le petit roman banal d’un homme et d’une femme, d’un homme et d’une ville, d’un homme et d’un fleuve ».

Trop lourd pour moi

Trop lourd pour moi, Éd. Luce Wilquin, 2014.

Jean-Baptiste Taillandier a décidé de dire la vérité. Toute la vérité. L’enfance, d’abord, à la campagne, dans les années 60. Des images en noir et blanc. Des instantanés sépia. Les vacances en famille dans la 4L bleu ciel. La solitude, dès l’école primaire. Le sentiment d’être de trop. Et, bientôt, la découverte de sa différence : il est frigide. Incapable de jouir et d’aimer. Puisqu’il se considère comme un « handicapé du cœur », il servira la veuve et l’orphelin. Ses études de psychologie l’aideront à guérir les esprits, et à se comprendre lui-même. Refusant d’accomplir son service militaire, il part au Congo dans la coopération au développement. Mais le décès de sa mère le ramène en Europe. Il entame une liaison avec Françoise, devient psychologue en milieu scolaire. Pris de panique quand Françoise lui annonce qu’elle souhaite un enfant de lui, il décide de rompre et retourne à la solitude. Il ne veut pas condamner un nouvel être à cette souffrance qu’est trop souvent la vie.
« JE est un autre ». Dans ce roman à la première personne, un peu de moi, beaucoup de l’autre. Comme les enfants, utilisant l’imparfait, entrent dans la peau du cow-boy, de la princesse ou du trappeur : « J’étais Jean-Baptiste Taillandier, l’homme frigide, malade de son enfance… » Je dédie ce livre à tous ceux, à toutes celles qui se sont un jour regardés dans le miroir en se disant : « C’est bien moi ? »

More

More, Éd. M.E.O., 2015

Dans cet « essai-variations », je tente de percer le mystère Thomas More : ami d’Érasme, bonus pater familias, auteur de l’Utopie, grand chancelier d’Angleterre sous Henri VIII (et, à ce titre, inquisiteur redoutable), décapité sur ordre du même et enfin canonisé, admis dans le sanctuaire de l’église catholique.
Cet ouvrage est un essai, si l’on veut bien rendre au mot son sens d’origine, celui qu’il avait chez Montaigne. J’« essaie » d’évoquer un homme en le passant, comme disait Montaigne, « à l’étamine » de ma sensibilité, de ma culture, de ma perception, des événements qui agitent mon temps.
Quant à la forme adoptée pour cette évocation, il est permis de la définir par le mot « variations », car le sujet du livre n’est pas seulement More, mais sa recherche, sa poursuite par un auteur, comme le thème de Diabelli n’est, somme toute, qu’un point de départ pour Beethoven, lorsqu’il compose les variations éponymes.

Page 2 of 2

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén