Comme un roman-fleuve, Éd. Luce Wilquin, 2012.

J’ai découvert Liège entre seize et vingt ans. L’âge où l’on tombe amoureux. Et je suis tombé amoureux de Liège.
Longtemps après, j’ai rédigé un premier roman, jamais publié, qui évoquait, sans jamais la nommer, la Cité ardente. Un jeune étudiant un peu suicidaire était sauvé de la noyade par une pianiste dont le morceau de bravoure était Des pas sur la neige de Debussy.
Puis, j’ai publié chez Luce Wilquin, en 2004, un recueil de nouvelles, Vingt-quatre préludes, où je faisais la part belle à… Debussy. La vingtième nouvelle, Ondine, baignant dans une ambiance simenonienne, avait pour cadre Liège. Un avocat, François Lombard, époux déçu d’une immigrée slave, Sonia Gorskine, s’y liait avec une serveuse de café, Ondine.
Ce roman inédit, cette nouvelle ancienne ont servi de déclencheurs à mon sixième roman : l’avocat François Lombard arpente la ville, cette fois nommée, à la recherche de son passé. Il tente de trouver la clé de son amour, il se raconte et nous raconte son histoire, ce roman fleuve – car sa vie, derrière lui qui atteint le grand âge, forme un chemin déjà long – marqué par un drame qui le poursuit sans cesse.

Mes deux premiers romans, Une semaine de vacance et Recyclages, étaient fondés sur des contraintes oulipiennes et mettaient en scène des personnages imaginaires.
Les trois suivants, Norma, roman, Nuage et eau et Maman Jeanne, évoquaient de façon romancée des personnages réels, mais sans contraintes oulipiennes.
Ce sixième roman est en quelque sorte à la croisée des chemins : il crée des personnages imaginaires sans contraintes oulipiennes. En somme, c’est peut-être mon premier vrai roman, en tout cas mon premier roman « classique ». Troisième personne et passé simple confirment cette appartenance.
Écrire un roman classique dont Liège est le protagoniste, c’est, songeront certains, suivre les traces de Georges Simenon. Pour éviter cette proximité risquée, j’ai opté, non pour l’écriture « transparente » chère au père de Jules Maigret, mais pour une phrase ample, musicale, balancée comme la houle de ce fleuve qui traverse la ville mais aussi la vie de François Lombard ; cette phrase quasi proustienne par moments qui me paraissait appropriée au propos du roman : « le petit roman banal d’un homme et d’une femme, d’un homme et d’une ville, d’un homme et d’un fleuve ».