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Le blog de Daniel Charneux

Catégorie : Les livres des ami.e.s

Un château en Espagne

Françoise Pirart sait raconter une histoire. Elle a publié près de 20 livres en un peu plus de 25 ans : romans, nouvelles, récits biographiques…

Dans ce dernier roman publié aux éditions Luce Wilquin, elle joue subtilement sur la narration : Coline a disparu. Son amie Anaïs, son frère Gilles vont chercher à la retrouver. On a perdu sa trace sur une aire d’autoroute. La presse a évoqué la disparition de cette très belle femme qui deviendra bientôt « la disparue de Saint-Vens ». Les enquêtes d’Anaïs et de Gilles progressent d’abord séparément, dans des narrations alternées : si Anaïs narre ses propres démarches, l’enquête de Gilles est racontée par sa femme Sophie, une personnalité un peu perturbée que certains appellent « la femme de Gilles », allusion à un roman jamais nommé que Sophie, par manque de culture, ne peut connaître.

Un autre personnage intervient, le père d’Anaïs. Ce peintre un peu bohème en sait sans doute plus qu’il ne le dit à propos de Coline (quelles sont leurs relations exactes ?) et de sa disparition. Quel est ce mystérieux château en Espagne qu’il peint à chaque heure du jour, dans des atmosphères très diverses comme Monet le faisait de la cathédrale de Rouen ? Les enquêtes de Gilles et d’Anaïs vont se rejoindre et le roman devenir un road movie : les alliés de circonstance suivent les traces de Coline vers un mystérieux château qui aurait pu abriter Don Quichotte. Existe-t-il vraiment ou n’est-ce qu’un mirage ? Il faut admettre que le romanesque fonctionne bien. Le lecteur est emmené, de chapitre court en chapitre court, à partager les interrogations des personnages jusqu’à un dénouement qui ne déçoit pas.

Notons le clin d’œil de l’auteur, pages 129 et 130, à propos de la rédaction de son ouvrage et du roman en général : « On se laisse dériver, emmené par les personnages, on rêve d’un endroit dans lequel ils pourraient évoluer, on imagine des secrets, des zones d’ombre où tout reste possible. Puis on recadre, on s’accroche à un fil conducteur avant de lâcher de nouveau du lest, et ainsi de suite jusqu’à ce que la structure prenne forme. Moi, je préfère les personnages qui hésitent, tergiversent, mais trouvent leur voie après des errances, voire des échecs. » C’est Anaïs – la journaliste et romancière narratrice – qui parle, mais on a l’impression qu’elle donne la parole à Françoise Pirart, l’écrivaine et auteure. Jolie mise en abyme.

Une bonne lecture donc, un livre à emporter en vacances. Pourquoi pas en Espagne?

Françoise Pirart, Seuls les échos de nos pas, Éd. Luce Wilquin, 2018, 208 pages. ISBN 978-2-88253-547-4

Et quelques autres qui sortent de la vie…

Françoise Houdart écrit. Quand elle n’est pas absorbée dans la rédaction d’un grand roman (Tu signais Ernst K., Bastida, Les profonds chemins…), elle rédige des nouvelles, comme ça, comme en passant, quand une idée lui passe par la tête (ce qui se produit très souvent, dans cette tête sans cesse en activité). Et puis, elle se dit que réunir ces nouvelles en recueil, les donner à lire, pourquoi pas, à son éditrice et amie Luce Wilquin, ça pourrait peut-être, qui sait, faire un livre ?
Françoise Houdart a de sacrées bonnes idées, car ce livre est une belle réussite. Le talent narratif de l’auteure s’y exprime en des textes variés qui balancent entre un fantastique à la Süskind du Pigeon (Le laitier), un naturalisme à la Giono (Dieu le potier) et, toujours, cette simple humanité à la… Françoise Houdart qui, parfois, n’est pas loin de nous tirer des larmes, comme dans ces portraits de vieilles femmes dans lesquels l’auteure exorcise ses démons et les nôtres : Vade retro, ou cette perle du plus bel orient, Mouya.
Une belle collection de personnages que l’on a l’impression d’avoir rencontrés un jour, tout simplement parce qu’ils sortent de la vie.
A lire… dès que possible !
Françoise Houdart, Dieu le potier et quelques autres, Éditions Luce Wilquin, 2018, 172 pages. ISBN : 978-2-88253-544-3

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