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Le blog de Daniel Charneux

Auteur : Daniel (Page 2 of 3)

Et quelques autres qui sortent de la vie…

Françoise Houdart écrit. Quand elle n’est pas absorbée dans la rédaction d’un grand roman (Tu signais Ernst K., Bastida, Les profonds chemins…), elle rédige des nouvelles, comme ça, comme en passant, quand une idée lui passe par la tête (ce qui se produit très souvent, dans cette tête sans cesse en activité). Et puis, elle se dit que réunir ces nouvelles en recueil, les donner à lire, pourquoi pas, à son éditrice et amie Luce Wilquin, ça pourrait peut-être, qui sait, faire un livre ?
Françoise Houdart a de sacrées bonnes idées, car ce livre est une belle réussite. Le talent narratif de l’auteure s’y exprime en des textes variés qui balancent entre un fantastique à la Süskind du Pigeon (Le laitier), un naturalisme à la Giono (Dieu le potier) et, toujours, cette simple humanité à la… Françoise Houdart qui, parfois, n’est pas loin de nous tirer des larmes, comme dans ces portraits de vieilles femmes dans lesquels l’auteure exorcise ses démons et les nôtres : Vade retro, ou cette perle du plus bel orient, Mouya.
Une belle collection de personnages que l’on a l’impression d’avoir rencontrés un jour, tout simplement parce qu’ils sortent de la vie.
A lire… dès que possible !
Françoise Houdart, Dieu le potier et quelques autres, Éditions Luce Wilquin, 2018, 172 pages. ISBN : 978-2-88253-544-3

Unsui

Puis il s’approcha de la feuille qu’il salua en gassho, saisit le pinceau du bout des doigts, le plongea dans l’encre et, dans une seule et profonde expiration, d’un seul et souple geste où se résumait tout son souffle, il traça les deux signes qui composaient le mot unsui, « nuage et eau ».
Il prépara ensuite le cachet enduit de pâte rouge et signa son travail. Les deux idéogrammes noirs se détachaient sur la feuille blanche avec la netteté de corbeaux sur la neige. Nuage et eau, deux signes, deux corbeaux ou deux moines. Un instant il se vit, corbeau cheminant sur un sentier bordé de pins, à ses côtés la forme noire, l’ombre d’une moniale, un fantôme de femme, une compagne de voyage… La cloche appelait au zazen du soir, il se hâta de regagner le vide.

Teishin

 

Teishin, la moniale qui réjouira les vieux jours de Ryôkan.

Le manuscrit : peu après sa naissance.

Danse

cet après-midi

j’ai vu les arbres danser

avec la lumière

Abbey Road

Je me souviens que, sur la couverture de l’album des Beatles, Abbey road, les pieds nus de Paul Mc Cartney furent la source de multiples divagations concernant sa mort et son remplacement par un sosie.

L’ombre jaune

Je me souviens de Bob Morane et de Bill Ballantine, de Tania Orlov (« miss Ylang Ylang »), de « l’Ombre jaune » et de ses cruels dacoïts.

Treets

Je me souviens de mon incompréhension quand ils ont arrêté la fabrication des Treets (le bonbon qui « fond dans la bouche mais pas dans la main ») pour les remplacer par les M&M’s.

Juvénile

sortie ce matin

mésange bleue juvénile –

pas encore bleue

 

Reine de neuf jours

Une belle recension de mon huitième roman par Ghislain COTTON dans Le Carnet et les Instants:

Daniel CHARNEUX, Si près de l’aurore, Luce Wilquin, 2018, 342 p., 22 €, ISBN : 978-2-88253-546-7

Sans doute est-ce l’effet d’une influence réciproque, mais l’Histoire semble connaître auprès du public un notable regain de faveur tant au travers de la littérature que des médias. Ainsi de nombreuses séries télévisées à caractère historique exploitent-elles, avec gourmandise et succès, des fonds littéraires anciens ou récents. Avec des choix plus marqués pour certains territoires et certaines époques. C’est certes le cas pour l’Angleterre et particulièrement pour l’époque des Tudors qui a inspiré de nombreuses réalisations comme la série Wolf Hall par exemple, adaptée de deux romans d’Hilary Mantel et axée plus particulièrement sur la personne de Cromwell. Ce pourrait aussi bien être le cas pour Si près de l’aurore, le roman historique de Daniel Charneux dont l’héroïne n’est autre que Jane Grey, petite-fille de Mary Tudor et petite-nièce d’Henry VIII, dont le jeu des successions fit une reine éphémère, à l’âge de seize ans. Zélatrice sincère et inconditionnelle de la nouvelle religion anglicane, elle allait, après un règne éclair de neuf jours, se voir supplantée et vouée à la hache du bourreau par sa tante, la très catholique reine Mary Première dite « la Sanglante », fille d’Henry VIII et de Catherine d’Aragon, future épouse aussi de Philippe II d’Espagne.

Ce n’est pas la première fois que Charneux, auteur d’une œuvre très diverse, approche cette époque des Tudors et c’est à la personnalité de Thomas More qu’il a consacré en 2015 un «essai-variations » qualifié d’« impressionniste », ce qui n’est pas le cas de cet ouvrage-ci, très attaché à la rigueur historique dans le déroulement des faits, tout en cultivant une intensité romanesque d’une indéniable efficacité. C’est en quelque sorte l’habit du chroniqueur d’époque qu’il endosse en naviguant de façon presque shakespearienne entre la poésie lyrique inspirée par la lumineuse Jane et la cruauté des mœurs et des intrigues menées par les « âmes alourdies d’ambition, d’orgueil et de jalousie (…). Ces créatures ne se contentaient pas de leur nom de baptême, elles en changeaient chaque fois que, gravissant une marche sur l’escalier de leur ambition, elles accédaient à une nouvelle étape (…) oubliant au passage que, sur le trône le plus précieux, on n’est jamais assis que sur son derrière et que, même à pareille altitude, la terre était toujours sous leurs pieds, proche, fatale, comme les appelant, les désirant ». De même, les adresses au lecteur marquent bien le style de l’époque même si parfois, elles prennent une coloration malignement plus proche de nous : « Et pardonne-moi, lectrice, si à plusieurs reprises j’en ai appelé au lecteur. Sans doute suis-je moi aussi, comme Guildford Dudley, comme les Seymour, comme les Grey ou les Tudors, le fils de cet usage qui, depuis la nuit des temps, postula que le masculin l’emporte sur le féminin ».

Conçu en deux parties, l’ouvrage installe dans la première tous les décors, les personnages et les péripéties qui ont présidé depuis le règne tumultueux d’Henry VIII à l’accomplissement de la tragédie qui, dans la deuxième partie, mènera Jane Grey du trône à l’échafaud. En passant par son mariage, fruit de l’intrigue ourdie par sa propre mère Frances Grey, fille de Mary Tudor (la sœur d’Henry VIII à ne pas confondre avec la Bloody Mary) et par l’ambitieux John Dudley qui souhaite faire de son fils Guildford un « presque roi » par son union avec Jane promise au trône par Edward VI peu avant la mort prématurée de ce fils d’Henry VIII et de Jane Seymour. Opération réussie : Guildford épouse Jane d’abord très rétive à ce mariage arrangé, prélude toutefois à une passion amoureuse attestée notamment par les écrits qu’ils échangeront dans la Tour de Londres alors que – victime de l’ambition familiale et de la frénésie prophylactique de la reine Mary – Guildford Dudley doive à sa « chance » de précéder Jane sur l’échafaud.

Lecteur, lectrice… rassurez-vous, on ne va pas détailler plus avant un récital polyphonique de félonies et d’ignominies développé par l’auteur sur trois cent quarante pages hautes en couleur, quasi visuelles, et qui témoignent d’une connaissance approfondie des usages et de la sensibilité de cette époque comme des mœurs rudes des gens de cour. Rudesse qui contraste singulièrement avec la probité, la simplicité et la vaillance de la reine de seize ans… et de neuf jours, singulièrement érudite pour son âge et fort éprise de beauté. Du reste, dès sa prime jeunesse, précise Charneux, « Jane respecte tous les rites prescrits par Érasme de Rotterdam dans son Petit traité de savoir-vivre à l’usage des enfants » et manifeste plus tard un amour certain pour les arts et pour la poésie en faisant preuve aussi d’une grande élégance de plume. À cet égard, l’auteur émaille son récit de traductions de textes divers : chansons, poèmes ou lettres qui sont comme autant d’enluminures illustrant ces pages d’histoire. À noter aussi que pour rendre la lecture encore plus aisée, il peut être utile de marquer, en fin de volume, la page « index des protagonistes » qui passe en revue les membres des différentes familles impliquées par cette histoire « pleine de bruit et de fureur » (merci Shakespeare), mais certes pas « racontée par un idiot ».

Si près de l’aurore

Si près de l’aurore, Éd. Luce Wilquin, 2018.

J’aime les destins tragiques. Plus exactement, je les aime en littérature : Phèdre, Antigone, Œdipe, Sisyphe… Car ce qui nous semblerait monstrueux dans la vie – une jeune fille emmurée vivante, un roi déchu qui se crève les yeux – nous paraît admirable, sublimé par Sophocle ou Racine. Pourquoi ? Parce que cette sublimation du malheur nous permet, symboliquement, de l’expulser, de le vaincre. Ça s’appelle la catharsis. Les Grecs ont théorisé ce phénomène il y vingt-cinq siècles, eux qui ont tout théorisé.

Peut-on inventer un  destin tragique ? Peut-être, mais j’adhère pour ma part au point de vue de Pierre Michon : « Je n’ai pas besoin d’inventer des vies, des personnages. Il y a suffisamment de gens qui sont morts et qui attendent que l’on parle d’eux. » Dans ce roman, je parle de Jane Grey. Pourquoi elle ?

Je l’ai rencontrée le samedi 20 août 2011, dans un hôtel londonien dont les murs s’ornaient de portraits des rois et reines d’Angleterre. Parmi eux, entre Édouard VI et Marie Première, cette Lady Jane Grey, reine durant neuf jours, en 1553, à moins de seize ans.

Un embryon de livre s’est immédiatement niché en moi. J’ai commencé, peu après, à me documenter à propos de Jane et j’ai découvert un personnage fascinant. À moins de quatorze ans, humaniste accomplie, Jane Grey amorçait une correspondance en latin avec le réformateur suisse Heinrich Bullinger, lisait Platon dans le texte grec. Et tout ça dans un cadre historique passionnant : la Renaissance,  l’humanisme,  l’Angleterre des Tudors… S’est rapidement insinué en moi le désir d’écrire l’histoire de cette jeune fille si brillante, avec pour décor « l’Histoire avec sa grande hache », comme dirait Georges Perec ; ce petit pion, ou cette dame, prisonnière malgré elle d’une vaste et cruelle partie d’échecs.

Comment écrire Jane ? Pour tenter d’être à la hauteur de ce personnage pétri de pensée platonicienne, de poésie latine et d’enthousiasme religieux, il fallait, selon moi, oser le classicisme, mêler, comme dans une chantefable, prose et poésie, tendre l’écriture comme un arc, en une série de brefs chapitres dont la première phrase figurerait l’archer, et la dernière, la cible.

Le résultat ? Ce huitième roman où je tente de reconstituer, pour un lectorat francophone contemporain, un destin anglais de la Renaissance, celui de la petite Jane, en espérant lui avoir été fidèle.

 

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