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Le blog de Daniel Charneux

Auteur : Daniel (Page 1 of 3)

De la fresque à l’enluminure

Excellente lecture de Joseph BODSON sur le site de l’AREAW (Association Royale des Écrivains et Artistes de Wallonie) :

Un roman différent des romans précédents de l’auteur, tant par son ampleur que par le choix du sujet. Il est vrai qu’il avait été précédé par une étude historique sur Thomas More, parue en 2015 chez M.E.O.

Pour nous, ce qui fait la différence essentielle par rapport aux romans précédents, c’est que Daniel Charneux traitait en ceux-ci surtout de destins individuels, qu’il s’agisse d’un moine tibétain ou d’une actrice célèbre, au destin hors du commun. Ici, nous avons à la fois ce destin hors du commun – celui de Jane Grey, mais aussi, le roman d’une époque. Beaucoup d’autres personnages de ce livre auraient pu être le héros ou l’héroïne principal(e), mais non, c’est bien de Jane qu’il s’agit

L’illustration de couverture le montre de façon magistrale : aux yeux bandés, l’aurore n’apparaîtra pas. A seize ans, l’aube est à peine levée.

La période abordée ici est tellement complexe, tellement riche en tous les arts, musique, chanson, théâtre ; tellement bouleversée aussi dans son histoire, dans son déroulement, qu’il était quasiment impossible d’en faire une sorte de monographie. Même au point de vue religieux, spirituel si l’on préfère, il eût été inéquitable de centrer ces analyses « spirituelles »sur une princesse protestante : on trouve tout autant de richesse intérieure chez celle que l’on appellera Bloody Mary, la rivale de Jane – et tout est là, justement, dans le conflit des intérêts dynastiques, claniques même, et des croyances religieuses, avec en toile de fond toute cette richesse artistique, annonçant déjà Shakespeare, son monde plein de bruit et de fureur.

Avec, au centre de la scène, cette jeune femme, Jane, d’une droiture, d’une profondeur exceptionnelle, au point que ses adversaires mêmes s’inclineront devant elle. Le drame, encore une fois, d’une jeunesse perdue.

Disons tout de suite que Daniel Charneux se tire tout à son honneur de ce pari difficile. Dans une première partie, plantant le cadre haut en couleur de l’époque, et faisant entrer les personnages en scène, il procède, à la page 48, par exemple, par de courtes phrases plaquées les unes à côté des autres, un peu comme chez Tacite, et d’autres historiens romains. Un style très resserré, sans aucun mot qui traîne ou alourdisse. Et la même somptuosité brève, page 50, dans la description d’un oiseau. Jane et Catherine, Jane et les oiseaux, Jane et la licorne… et se dégage en pointillés l’éducation humaniste de l’époque, à la manière d’Erasme. Et son goût pour Platon, les chevaux du Phèdre, qui reviendront comme un leitmotiv.

Bien loin de se perdre dans les détails, tout cela s’avance comme une vivante tapisserie, aux couleurs précieuses et fragiles à la fois. Mais parfois aussi avec l’art d’un miniaturiste, de courtes scènes intenses, où se mélangent piété et barbarie. L’auteur intervient peu, ne commente guère. Ainsi dira-t-il, p.133 : « Dans la geste que je conte ».

Peu à peu, l’action va se resserrer autour de Jane. L’amour, non voulu, inattendu, dans toute sa fraîcheur, ponctuée de chansons, de poèmes, qui ont encore toute la naïveté du Moyen-Age finissant, et déjà la complexité savante de la Renaissance – on croise Charles d’Orléans au passage. Le ton se fait plus grave, l’action se resserre : « Malheur à toi, pays dont le prince est un enfant ». Un tableau très émouvant d’elle avec son mari, Guildford, lui aussi condamné, suite à l’insurrection de Wyatt. Et, sans le vouloir sans doute, Daniel Charneux décrit fort bien la façon dont il travaille : « de ce pinceau en poils de martre dont usent les enlumineurs ». Je crois que pour ce livre c’était la meilleure des manières, que ce passage de la fresque à l’enluminure. C’est en tout cas une remarquable réussite, et cette petite Jane ne s’en ira pas de si tôt de notre mémoire, avec ses cheveux roux, son visage où la profondeur, l’innocence et la jeunesse semblent toujours nous prendre à témoin : pourquoi, mais pourquoi, si près de l’aurore…

Daniel CHARNEUX, Si près de l’aurore, Luce Wilquin, 2018, 342 p., 22 €, ISBN : 978-2-88253-546-7

 

Décomplexez-vous !

Un article à propos du concours : « La Louvière re-nouvelles » (La Nouvelle Gazette, 2 juillet 2018).

La Louvière : re-nouvelles.

Pour célébrer son cent cinquantième anniversaire, la ville de La Louvière organise un concours de nouvelles. J’aurai l’honneur de présider le jury.

Paris Lumière

Un jour dans l’histoire

Le mercredi 13 juin, juste après le journal de 13 h, j’étais l’invité de Laurent Dehossay à propos de Jane Grey, la « reine de neuf jours », héroïne de mon huitième roman, Si près de l’aurore (éditions Luce Wilquin).

Pont des Trous

J’avais pris cette photo début 2011 lors d’un atelier d’écriture chez mon ami Eric Pepin.
J’en avais tiré ce haïku :

pont des Trous l’Escaut
qui coule depuis des siècles –
Tournai immobile

Publiée sur mon blog, elle a attiré l’attention des concepteurs de la Poste et est devenue un timbre qui sortira le 11 juin 2018. C’est intéressant de voir ce que la graphiste et le graveur ont réalisé à partir de mon cliché !

 

Absurde

Je me souviens de ce sizain absurde que disait ma mère :

« Une grand-mère de quatre-vingt-sept ans
En mangeant d’la crème
S’est cassé une dent.
Ooh, lui dit sa maman,
En mangeant d’la crème,
C’est pas étonnant! »

Jupons rouges

Un château en Espagne

Françoise Pirart sait raconter une histoire. Elle a publié près de 20 livres en un peu plus de 25 ans : romans, nouvelles, récits biographiques…

Dans ce dernier roman publié aux éditions Luce Wilquin, elle joue subtilement sur la narration : Coline a disparu. Son amie Anaïs, son frère Gilles vont chercher à la retrouver. On a perdu sa trace sur une aire d’autoroute. La presse a évoqué la disparition de cette très belle femme qui deviendra bientôt « la disparue de Saint-Vens ». Les enquêtes d’Anaïs et de Gilles progressent d’abord séparément, dans des narrations alternées : si Anaïs narre ses propres démarches, l’enquête de Gilles est racontée par sa femme Sophie, une personnalité un peu perturbée que certains appellent « la femme de Gilles », allusion à un roman jamais nommé que Sophie, par manque de culture, ne peut connaître.

Un autre personnage intervient, le père d’Anaïs. Ce peintre un peu bohème en sait sans doute plus qu’il ne le dit à propos de Coline (quelles sont leurs relations exactes ?) et de sa disparition. Quel est ce mystérieux château en Espagne qu’il peint à chaque heure du jour, dans des atmosphères très diverses comme Monet le faisait de la cathédrale de Rouen ? Les enquêtes de Gilles et d’Anaïs vont se rejoindre et le roman devenir un road movie : les alliés de circonstance suivent les traces de Coline vers un mystérieux château qui aurait pu abriter Don Quichotte. Existe-t-il vraiment ou n’est-ce qu’un mirage ? Il faut admettre que le romanesque fonctionne bien. Le lecteur est emmené, de chapitre court en chapitre court, à partager les interrogations des personnages jusqu’à un dénouement qui ne déçoit pas.

Notons le clin d’œil de l’auteur, pages 129 et 130, à propos de la rédaction de son ouvrage et du roman en général : « On se laisse dériver, emmené par les personnages, on rêve d’un endroit dans lequel ils pourraient évoluer, on imagine des secrets, des zones d’ombre où tout reste possible. Puis on recadre, on s’accroche à un fil conducteur avant de lâcher de nouveau du lest, et ainsi de suite jusqu’à ce que la structure prenne forme. Moi, je préfère les personnages qui hésitent, tergiversent, mais trouvent leur voie après des errances, voire des échecs. » C’est Anaïs – la journaliste et romancière narratrice – qui parle, mais on a l’impression qu’elle donne la parole à Françoise Pirart, l’écrivaine et auteure. Jolie mise en abyme.

Une bonne lecture donc, un livre à emporter en vacances. Pourquoi pas en Espagne?

Françoise Pirart, Seuls les échos de nos pas, Éd. Luce Wilquin, 2018, 208 pages. ISBN 978-2-88253-547-4

Et quelques autres qui sortent de la vie…

Françoise Houdart écrit. Quand elle n’est pas absorbée dans la rédaction d’un grand roman (Tu signais Ernst K., Bastida, Les profonds chemins…), elle rédige des nouvelles, comme ça, comme en passant, quand une idée lui passe par la tête (ce qui se produit très souvent, dans cette tête sans cesse en activité). Et puis, elle se dit que réunir ces nouvelles en recueil, les donner à lire, pourquoi pas, à son éditrice et amie Luce Wilquin, ça pourrait peut-être, qui sait, faire un livre ?
Françoise Houdart a de sacrées bonnes idées, car ce livre est une belle réussite. Le talent narratif de l’auteure s’y exprime en des textes variés qui balancent entre un fantastique à la Süskind du Pigeon (Le laitier), un naturalisme à la Giono (Dieu le potier) et, toujours, cette simple humanité à la… Françoise Houdart qui, parfois, n’est pas loin de nous tirer des larmes, comme dans ces portraits de vieilles femmes dans lesquels l’auteure exorcise ses démons et les nôtres : Vade retro, ou cette perle du plus bel orient, Mouya.
Une belle collection de personnages que l’on a l’impression d’avoir rencontrés un jour, tout simplement parce qu’ils sortent de la vie.
A lire… dès que possible !
Françoise Houdart, Dieu le potier et quelques autres, Éditions Luce Wilquin, 2018, 172 pages. ISBN : 978-2-88253-544-3

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