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Le blog de Daniel Charneux

Un jour dans l’histoire

Le mercredi 13 juin, juste après le journal de 13 h, je serai l’invité de Laurent Dehossay à propos de Jane Grey, la « reine de neuf jours », héroïne de mon huitième roman, Si près de l’aurore (éditions Luce Wilquin).

Reine de neuf jours

Une belle recension de mon huitième roman par Ghislain COTTON dans Le Carnet et les Instants:

Daniel CHARNEUX, Si près de l’aurore, Luce Wilquin, 2018, 342 p., 22 €, ISBN : 978-2-88253-546-7

Sans doute est-ce l’effet d’une influence réciproque, mais l’Histoire semble connaître auprès du public un notable regain de faveur tant au travers de la littérature que des médias. Ainsi de nombreuses séries télévisées à caractère historique exploitent-elles, avec gourmandise et succès, des fonds littéraires anciens ou récents. Avec des choix plus marqués pour certains territoires et certaines époques. C’est certes le cas pour l’Angleterre et particulièrement pour l’époque des Tudors qui a inspiré de nombreuses réalisations comme la série Wolf Hall par exemple, adaptée de deux romans d’Hilary Mantel et axée plus particulièrement sur la personne de Cromwell. Ce pourrait aussi bien être le cas pour Si près de l’aurore, le roman historique de Daniel Charneux dont l’héroïne n’est autre que Jane Grey, petite-fille de Mary Tudor et petite-nièce d’Henry VIII, dont le jeu des successions fit une reine éphémère, à l’âge de seize ans. Zélatrice sincère et inconditionnelle de la nouvelle religion anglicane, elle allait, après un règne éclair de neuf jours, se voir supplantée et vouée à la hache du bourreau par sa tante, la très catholique reine Mary Première dite « la Sanglante », fille d’Henry VIII et de Catherine d’Aragon, future épouse aussi de Philippe II d’Espagne.

Ce n’est pas la première fois que Charneux, auteur d’une œuvre très diverse, approche cette époque des Tudors et c’est à la personnalité de Thomas More qu’il a consacré en 2015 un «essai-variations » qualifié d’« impressionniste », ce qui n’est pas le cas de cet ouvrage-ci, très attaché à la rigueur historique dans le déroulement des faits, tout en cultivant une intensité romanesque d’une indéniable efficacité. C’est en quelque sorte l’habit du chroniqueur d’époque qu’il endosse en naviguant de façon presque shakespearienne entre la poésie lyrique inspirée par la lumineuse Jane et la cruauté des mœurs et des intrigues menées par les « âmes alourdies d’ambition, d’orgueil et de jalousie (…). Ces créatures ne se contentaient pas de leur nom de baptême, elles en changeaient chaque fois que, gravissant une marche sur l’escalier de leur ambition, elles accédaient à une nouvelle étape (…) oubliant au passage que, sur le trône le plus précieux, on n’est jamais assis que sur son derrière et que, même à pareille altitude, la terre était toujours sous leurs pieds, proche, fatale, comme les appelant, les désirant ». De même, les adresses au lecteur marquent bien le style de l’époque même si parfois, elles prennent une coloration malignement plus proche de nous : « Et pardonne-moi, lectrice, si à plusieurs reprises j’en ai appelé au lecteur. Sans doute suis-je moi aussi, comme Guildford Dudley, comme les Seymour, comme les Grey ou les Tudors, le fils de cet usage qui, depuis la nuit des temps, postula que le masculin l’emporte sur le féminin ».

Conçu en deux parties, l’ouvrage installe dans la première tous les décors, les personnages et les péripéties qui ont présidé depuis le règne tumultueux d’Henry VIII à l’accomplissement de la tragédie qui, dans la deuxième partie, mènera Jane Grey du trône à l’échafaud. En passant par son mariage, fruit de l’intrigue ourdie par sa propre mère Frances Grey, fille de Mary Tudor (la sœur d’Henry VIII à ne pas confondre avec la Bloody Mary) et par l’ambitieux John Dudley qui souhaite faire de son fils Guildford un « presque roi » par son union avec Jane promise au trône par Edward VI peu avant la mort prématurée de ce fils d’Henry VIII et de Jane Seymour. Opération réussie : Guildford épouse Jane d’abord très rétive à ce mariage arrangé, prélude toutefois à une passion amoureuse attestée notamment par les écrits qu’ils échangeront dans la Tour de Londres alors que – victime de l’ambition familiale et de la frénésie prophylactique de la reine Mary – Guildford Dudley doive à sa « chance » de précéder Jane sur l’échafaud.

Lecteur, lectrice… rassurez-vous, on ne va pas détailler plus avant un récital polyphonique de félonies et d’ignominies développé par l’auteur sur trois cent quarante pages hautes en couleur, quasi visuelles, et qui témoignent d’une connaissance approfondie des usages et de la sensibilité de cette époque comme des mœurs rudes des gens de cour. Rudesse qui contraste singulièrement avec la probité, la simplicité et la vaillance de la reine de seize ans… et de neuf jours, singulièrement érudite pour son âge et fort éprise de beauté. Du reste, dès sa prime jeunesse, précise Charneux, « Jane respecte tous les rites prescrits par Érasme de Rotterdam dans son Petit traité de savoir-vivre à l’usage des enfants » et manifeste plus tard un amour certain pour les arts et pour la poésie en faisant preuve aussi d’une grande élégance de plume. À cet égard, l’auteur émaille son récit de traductions de textes divers : chansons, poèmes ou lettres qui sont comme autant d’enluminures illustrant ces pages d’histoire. À noter aussi que pour rendre la lecture encore plus aisée, il peut être utile de marquer, en fin de volume, la page « index des protagonistes » qui passe en revue les membres des différentes familles impliquées par cette histoire « pleine de bruit et de fureur » (merci Shakespeare), mais certes pas « racontée par un idiot ».

Paris Lumière

Pont des Trous

J’avais pris cette photo début 2011 lors d’un atelier d’écriture chez mon ami Eric Pepin.
J’en avais tiré ce haïku :

pont des Trous l’Escaut
qui coule depuis des siècles –
Tournai immobile

Publiée sur mon blog, elle a attiré l’attention des concepteurs de la Poste et est devenue un timbre qui sortira le 11 juin 2018. C’est intéressant de voir ce que la graphiste et le graveur ont réalisé à partir de mon cliché !

 

Absurde

Je me souviens de ce sizain absurde que disait ma mère :

« Une grand-mère de quatre-vingt-sept ans
En mangeant d’la crème
S’est cassé une dent.
Ooh, lui dit sa maman,
En mangeant d’la crème,
C’est pas étonnant! »

Jupons rouges

Un château en Espagne

Françoise Pirart sait raconter une histoire. Elle a publié près de 20 livres en un peu plus de 25 ans : romans, nouvelles, récits biographiques…

Dans ce dernier roman publié aux éditions Luce Wilquin, elle joue subtilement sur la narration : Coline a disparu. Son amie Anaïs, son frère Gilles vont chercher à la retrouver. On a perdu sa trace sur une aire d’autoroute. La presse a évoqué la disparition de cette très belle femme qui deviendra bientôt « la disparue de Saint-Vens ». Les enquêtes d’Anaïs et de Gilles progressent d’abord séparément, dans des narrations alternées : si Anaïs narre ses propres démarches, l’enquête de Gilles est racontée par sa femme Sophie, une personnalité un peu perturbée que certains appellent « la femme de Gilles », allusion à un roman jamais nommé que Sophie, par manque de culture, ne peut connaître.

Un autre personnage intervient, le père d’Anaïs. Ce peintre un peu bohème en sait sans doute plus qu’il ne le dit à propos de Coline (quelles sont leurs relations exactes ?) et de sa disparition. Quel est ce mystérieux château en Espagne qu’il peint à chaque heure du jour, dans des atmosphères très diverses comme Monet le faisait de la cathédrale de Rouen ? Les enquêtes de Gilles et d’Anaïs vont se rejoindre et le roman devenir un road movie : les alliés de circonstance suivent les traces de Coline vers un mystérieux château qui aurait pu abriter Don Quichotte. Existe-t-il vraiment ou n’est-ce qu’un mirage ? Il faut admettre que le romanesque fonctionne bien. Le lecteur est emmené, de chapitre court en chapitre court, à partager les interrogations des personnages jusqu’à un dénouement qui ne déçoit pas.

Notons le clin d’œil de l’auteur, pages 129 et 130, à propos de la rédaction de son ouvrage et du roman en général : « On se laisse dériver, emmené par les personnages, on rêve d’un endroit dans lequel ils pourraient évoluer, on imagine des secrets, des zones d’ombre où tout reste possible. Puis on recadre, on s’accroche à un fil conducteur avant de lâcher de nouveau du lest, et ainsi de suite jusqu’à ce que la structure prenne forme. Moi, je préfère les personnages qui hésitent, tergiversent, mais trouvent leur voie après des errances, voire des échecs. » C’est Anaïs – la journaliste et romancière narratrice – qui parle, mais on a l’impression qu’elle donne la parole à Françoise Pirart, l’écrivaine et auteure. Jolie mise en abyme.

Une bonne lecture donc, un livre à emporter en vacances. Pourquoi pas en Espagne?

Françoise Pirart, Seuls les échos de nos pas, Éd. Luce Wilquin, 2018, 208 pages. ISBN 978-2-88253-547-4

Et quelques autres qui sortent de la vie…

Françoise Houdart écrit. Quand elle n’est pas absorbée dans la rédaction d’un grand roman (Tu signais Ernst K., Bastida, Les profonds chemins…), elle rédige des nouvelles, comme ça, comme en passant, quand une idée lui passe par la tête (ce qui se produit très souvent, dans cette tête sans cesse en activité). Et puis, elle se dit que réunir ces nouvelles en recueil, les donner à lire, pourquoi pas, à son éditrice et amie Luce Wilquin, ça pourrait peut-être, qui sait, faire un livre ?
Françoise Houdart a de sacrées bonnes idées, car ce livre est une belle réussite. Le talent narratif de l’auteure s’y exprime en des textes variés qui balancent entre un fantastique à la Süskind du Pigeon (Le laitier), un naturalisme à la Giono (Dieu le potier) et, toujours, cette simple humanité à la… Françoise Houdart qui, parfois, n’est pas loin de nous tirer des larmes, comme dans ces portraits de vieilles femmes dans lesquels l’auteure exorcise ses démons et les nôtres : Vade retro, ou cette perle du plus bel orient, Mouya.
Une belle collection de personnages que l’on a l’impression d’avoir rencontrés un jour, tout simplement parce qu’ils sortent de la vie.
A lire… dès que possible !
Françoise Houdart, Dieu le potier et quelques autres, Éditions Luce Wilquin, 2018, 172 pages. ISBN : 978-2-88253-544-3

Unsui

Puis il s’approcha de la feuille qu’il salua en gassho, saisit le pinceau du bout des doigts, le plongea dans l’encre et, dans une seule et profonde expiration, d’un seul et souple geste où se résumait tout son souffle, il traça les deux signes qui composaient le mot unsui, « nuage et eau ».
Il prépara ensuite le cachet enduit de pâte rouge et signa son travail. Les deux idéogrammes noirs se détachaient sur la feuille blanche avec la netteté de corbeaux sur la neige. Nuage et eau, deux signes, deux corbeaux ou deux moines. Un instant il se vit, corbeau cheminant sur un sentier bordé de pins, à ses côtés la forme noire, l’ombre d’une moniale, un fantôme de femme, une compagne de voyage… La cloche appelait au zazen du soir, il se hâta de regagner le vide.

Teishin

 

Teishin, la moniale qui réjouira les vieux jours de Ryôkan.

Le manuscrit : peu après sa naissance.

Danse

cet après-midi

j’ai vu les arbres danser

avec la lumière

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